Higurashi : Espoir, volonté et dialogue

Higurashi No Naku Koro Ni de son nom complet, ou bien, Le Sanglot Des Cigales, est un anime complexe et dur, aussi bien dans sa violence que dans le traitement de la psychologie des personnages. Nous suivons dans les pas moins de 50 épisodes des saisons une et deux, une histoire très complète :

En juin 1983, dans un village de la campagne Japonaise, nommé Hinamizawa ; à la suite du « festival des démons », le photographe Tomitake Jirô est retrouvé mort dans d’étranges circonstances et l’infirmière Takano Miyo est portée disparue. Après ces évènements, les enfants les plus grands du village : Keiichi, Mion, Rena, Satoko et Rika vont successivement être pris de folie meurtrière et massacrer leurs amis et concitoyens, dans des histoires différentes. A la suite de ces tueries, le village sera victime d’une catastrophe et sa population sera exterminée.

Ce qui fait la complexité de l’histoire d’Higurashi, sont les boucles temporelles au travers desquelles l’anime raconte son histoire. Si la saison une laisse perplexe, tout s’éclaircie dans la saison deux. On y apprend que Rika, est en réalité piégée dans une boucle temporelle qui se répète et dont elle seule à conscience. La jeune fille tente depuis des centaines d’années de faire changer cette boucle pour éviter les désastres qui s’y produisent.  Mais rien n’y fait. La boucle change pourtant : dans la première que nous suivons, Keiichi, le garçon du groupe, tue Mion et Rena, les deux filles les plus âgées de la bande d’amis, avant de s’ouvrir la gorge avec ses ongles. Dans une seconde, c’est Shion qui perd l’esprit et torture Satoko, jeune fille de la bande; sa sœur jumelle Mion et fini par tuer Rika. Dans une troisième, c’est Rena, qui se venge sur un couple de maîtres chanteurs, avant d’être en proie à un délire paranoïaque et de prendre l’école du village en otage.

L’espoir et la résiliation

Bref, la boucle temporelle finit toujours dans le sang et Rika ne sait plus quoi faire pour s’en dépêtrer. Celle-ci a repéré que des éléments arrivent presque toujours et dans un certain ordre: D’abord Tomitake meurt et Takano disparait, ensuite peu après, Rika elle-même est tuée, soit par un de ses amis, par une organisation secrète sinon. Enfin, si la jeune fille survit, elle peut voir que le village d’Hinamizawa est rasé et sa population intégralement éradiquée.

Dans ce chaos de souffrance, après de multiples tentatives qui ont toutes ouvertes de nouveaux carnages, la jeune fille nous dit qu’elle avait abandonné. Le désespoir de Rika est personnifié en le personnage de Hanyû, esprit qui suit la jeune fille et qu’elle seule peut voir. Hanyû apparait dans la saison deux et ne cesse par ses mises en gardes, son attitude soumise et son pessimisme de prétendre protéger Rika de la déception d’un nouvel échec ; mais plus que ça, en partageant le corps et la solitude de Rika, Hanyû nous montre le côté de la jeune fille qui a d’ores et déjà abandonné.

Dans ce cas, pourquoi continuer à mourir et à revivre ? Hanyû et Rika diront dans la saison deux que leur pouvoir s’estompe et qu’elles ne pourront peut-être plus ressusciter dans une nouvelle boucle temporelle. Rika n’a jamais vraiment abandonné, c’est cette dualité entre la résiliation face à l’échec qui semble inévitable et l’espoir qui persiste que nous montre ce double personnage. Si Hanyû n'entrevoit aucune réussite, Rika s’accroche aux détails, aux changements même infimes, comme le prouve l’avant dernière boucle, où Rika s’emballe en s’apercevant que pour la première fois dans la boucle, un fil défait sur un outil rituel est enlevé. De la même façon, Rika reprend espoir face à l’arrivé de Keiichi dans la village, ce qui sera pour elle, un nouvel élément de la boucle.

C’est dans la dernière boucle, que Hanyû devient un personnage à part entière de l’histoire et se mêle au groupe d’amis de Rika. On peut y voir une métaphore du désespoir qui quitte le corps de Rika pour devenir un nouvel allié. Mais l’anime veut également montrer que l’espoir ne suffit pas.

Rika (à gauche) et Hanyû (à droite) illustration trouvée sur Nautiljon

Revenons maintenant un peu sur l’antagoniste de l’anime. Au-delà, des péripétie des héros, l’anime s’attarde également sur les motivations et le passif de Takano, celle qui dirige en secret l’organisation qui tue Rika et massacre le village. Voyant la mort de ses parents petite puis maltraitée dans un orphelina, Takano est adoptée par un chercheur qui étudie le syndrome d’Hinamizawa. Le professeur travail sur un parasite vivant dans un marais du village et qui rend son hôte paranoïaque jusqu’à ce qu’il s’ouvre la gorge lui-même. Mais le travail du professeur est ridiculisé et celui-ci, humilié. Sa fille adoptive reprend plus tard ses recherches et se jure de faire reconnaitre son travail. Takano, une fois adulte se voit confier les rênes d’un centre d’expérimentation secret sur le parasite ainsi que celles d’un commandos spécial, pour assurer le bon déroulement de l’opération. Alors qu’elle est acculée et qu’on menace de mettre fin à son projet, Takano commandite la catastrophe d’Hinamizawa et le meurtre de Rika.

© Higurashi No Naku Koro Ni saison 2 épisode 15

Le choque des volontés

Higurashi n’est pas qu’une histoire d’espoir, c’est aussi un anime dans lequel la volonté des personnages joue sur la boucle et l’avancement de celle-ci. Si au début le spectateur est dans le flou, il apparaît vite que raviver l’espoir de Rika ne suffit pas pour changer la boucle. Les histoires s’améliorent au fur et à mesure, elles sont moins sanglantes, certains personnages parviennent même à survivre au massacre du village. Cette amélioration est le fruit de la volonté des personnages qui s’affirment au long des épisodes.

Aider ses amis quitte à couvrir leurs meurtres ; sauver le village ; éteindre les vieilles rancunes ; secourir Satoko de son oncle qui la maltraite...  Sans être conscient de la boucle, Keiichi semble s’approprier la volonté que Rika a perdu de changer le destin. Sa faculté apparaît, lorsque prêt à s’affronter dans un tournoi de jeu de société, Rika blasée parce qu'elle a déjà vécu l'évènement des centaines de fois, décrit tout ce qu’il va arriver à Keiichi dans la partie. Celui-ci décide de montrer que le destin peut être changé et demande à jouer à autre chose. Montrant ainsi à Rika que la boucle infernale peut être réécrite par son simple vouloir.

C’est donc Keiichi, qui montrera à Rika que le destin n’est pas immuable et qu’on peut le changer par sa volonté. Ainsi, le garçon, trouvera les solutions pour résoudre les problèmes auxquels fait face Rika. Si la jeune fille représente l’espoir qui perdure dans une vague de désastres, Keiichi lui s’impose comme la volonté de changer ces désastres.

© Higurashi No Naku Koro Ni saison 2 épisode 15

Dans Higurashi, deux fortes volontés s’affrontent : celle de Rika mue par la volonté de sauver ses amis et son village et celle de Takano, mue par la volonté de venger son père adoptif de ceux qui l’ont humilié. Or Rika découvrira le vrai visage de l’infirmière dans l’avant dernière boucle, comprenant ainsi, que la fin tragique de la boucle d’hinamizawa est inchangée depuis tout ce temps, car la volonté de Takano n’a jamais failli, tandis que l’espoir de Rika chancèle d’échec en échec, jusqu'a ce que celle-ci soit dépouillée de sa combattivité. C’est Keiichi, qui apportera un second souffle à la volonté de combattre de Rika.

Comme couronnement de ceci, l’anime engagera sa boucle finale, celle où Rika et ses amis parviendront à une fin heureuse, par une confrontation directe entre les deux volontés ennemis de l’anime : Celle de Takano qui jure d’arriver à ses fins quoi qu’il en coûte et celle d’Hanyû, qui jure de briser les projet de l’infirmière et de mettre un terme à la boucle. Les personnages se défient directement et la boucle temporelle qui s’en suivra sera la dernière. Par cette confrontation Higurashi parle de la force de la volonté sur ce que l'on fini par considérer comme la fatalité. Il ne suffit pas à Rika d'espérer faire changé le destin de ses proches et de son village, il lui faut aussi conserver la volonté de la faire et une volonté au moins aussi forte que celle de son ennemis.

© Madhouse Studio

Dialoguons, Dialoguons

Dans Higurashi il est amusant de remarquer, que l’espoir, la détermination et la volonté des personnages jouent un rôle essentielles pour sortir Hinamizawa de juin 1983, mais que ce qui fait réellement avancer la boucle temporelle est la communication entre les personnages. En effet, on apprend que si chaque boucle se passent un peu mieux, c’est avant tout parce que les personnages ont parlé de ce qu’ils avaient gardé pour eux dans l'arc précédent. Ainsi, c’est parce que Rena discutera avec son père de la femme qui abuse de lui, qu’elle ne tuera pas les maîtres chanteurs qui menacent de détruire sa famille ; c’est parce que Keiichi ira parler à la cheffe des Sonozaki, clan qui dirige le village et sa région, que les villageois avoueront avoir pardonner les anciennes querelles et retrouveront leur unité ; c’est parce que Satoko fini par demander de l’aide que la protection de l’enfance peut intervenir et la police arrêté son oncle maltraitant et enfin, c’est parce que Rika parle de la boucle temporelle, que ses amis se rallieront à elle pour contre-carrer les plans de Takano.

Higurashi donne une place très importante à la communication et en fait la clef de la fin heureuse tant recherchée par Rika et Hanyû. L’anime offre une belle histoire d’amitié, lorsque Rena tentant de cacher les cadavres des maîtres chanteurs est surprise par ses amis, ceux-ci la réprimanderont pour ce qu’elle a fait mais aussi pour ne pas leur en avoir parler. Lorsque l’oncle de Satoko revient vivre avec elle et la brutalise, rien ne peut être fait pour la secourir tant que la jeune fille cache la vérité et ne demande pas à être secourue. C’est par la communication que les amis de la bande de Rika se soutiennent et parviennent à s’extirper de cette boucle macabre.

Enfin

Si Higurashi est si bien mené, c’est parce que chaque arc s’attarde sur un point de vu ou une partie de la boucle temporelle, qui amène des éléments de réponses. Si la saison une brouille bien les pistes en amenant une explication complotiste, une surnaturelle et en faisant même l’hypothèse d’intervention extra-terrestre ; le fin mot de cette histoire prend son temps pour être amené au bon moment et résoudre toutes les énigmes que l’anime a posé.

La saison une est troublante et demande un peu de patience pour voir s’éclaircirent les mystères, mais ceux qui auront pris le temps de bien suivre les boucles temporelles et de poursuivre avec la saison deux, seront récompensé par la résolution intelligente des énigmes et se délecteront d’un thriller sombre et bien pensé. Après la violence qu’offre la saison une et les épreuves que traversent Rika et ses amis dans la saison deux, Higurashi nous soulage avec un happy end bien mérité.

Layer Hadrien  05/2020