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Les trois cerfs

Il y a bien longtemps, vivait un roi qui avait trois fils. Il était bon et juste, mais malheureusement il en était différemment pour ses enfants. Les princes étaient chacun d’une cruauté rare. L’ainé était brutal et violent, il jetait son épée sur son maitre d’arme et battait son cheval jusqu’à ce que la pauvre bête s’écroule ; le cadet était vil et sournois, il volait l’argenterie ou cassait ce qu’il trouvait et accusait les domestiques ; le benjamin quant à lui, avait un cœur méchant.

Le roi connaissait les caractères de ses fils et en était fort chagriné, aucun seigneur ne voulait offrir sa fille en mariage à l’un d’eux tant leur méchanceté était célèbre dans le royaume. Un jour le roi décida de les envoyer en voyage :

 

« peut-être que leurs âmes s’adouciront au contact du monde » pensait-il.

Les trois princes sur leurs chevaux partirent donc chacun de leur coté à la découverte de leurs terres. Le premier, croisa un jour un vieillard sur un chemin, d’une voix chevrotante, il demanda au prince quelques aumônes, mais rudement celui-ci lui ordonna de s’écarter de sa route.

 

« Juste une simple piécette » répéta le vieil homme.

Alors le prince écœuré de ses guenilles dégaina rageusement son épée et tua le mendiant, avant de continuer son chemin. Le second arriva un matin dans un village de paysan, voyant leur misère il ressentit du mépris et eut une idée terrible. Abusant de son statut, il inventa une fausse taxe afin de s’enrichir encore, les paysans donnèrent le peu d’argent qu’il leur restait et le prince repartit ; le soir plus aucun argent ne restait dans ce village. Le troisième sema la terreur là où il passait, tant et si bien que chacun se réfugiait dans sa maison, cachant ses filles et ses sous dès que l’ombre de son cheval paraissait dans le lointain. Au bout d’un an, quand les princes revinrent au château, ils étaient encore plus cruels qu’à leur départ et le roi leur père se désespérait de les changer. Un jour une vieille femme se présenta devant le roi. Comme elle disait être voyante il la pria de prédire l’avenir afin de distraire sa cour. Tirant ses cartes, elle fit alors une prophétie au roi.

 

« Seigneur, les hommes ne peuvent changer les hommes, mais mes cartes ont parlées : voit seigneur, voici la carte du souverain, elle désigne quelqu’un de sang noble ; voici celle de la terre, elle représente la nature et ceux qui la régissent et voici celle du cerf, le plus noble des animaux de la forêt, sa couronne de bois symbolise sa majesté mais aussi son importance dans ce qui est sacré. Cette prédiction que je te fais est un espoir, les dieux attendent quelques choses, si leurs attentes sont remplies, alors tel le cerf le sang royal sera respecté et rayonnera, mais prend garde, je vois autre chose dans ces cartes, une chose funeste... »

 

Le roi qui avait écouté attentivement, sentit son cœur battre à nouveaux, les dieux purifieront mes fils de leurs cœurs mauvais s’ils témoignent de leur respect envers eux se dit-il, alors il envoya les princes prier dans la forêt et faire des offrandes, ceux-ci le firent de mauvaise grâce et entre eux, ils se moquaient bien de la vieille voyante et de ses cartes.

Mais, un jour, le roi qui se faisait vieux mourut. on lui rendit hommage et la question se posa de savoir à qui reviendrait le royaume, car le roi effrayé de la cruauté de ses fils n’avait jamais pu partager entre eux ses terres.

L’ainé fit valoir sa position ; le second se trouvait plus intelligent et plus apte à régner ; le troisième lui, ne voulait rien entendre s’il n’était pas sur le trône. Alors dans leur dispute leur vint une idée : ils organiseraient une grande chasse, celui des trois qui ramènerait le plus beau gibier, celui-là sera roi. Ils se mirent d’accord et le jour du tournoi arriva, chacun sur son cheval et armé de ses flèches les plus meurtrières, partit dans la forêt en quête du plus beau trophée.

L’ainé suivant un sentier de terre serpentant parmi les fourrais, tomba derrière un arbre, sur un majestueux cerf au pelage brun et aux bois magnifiques, « voilà un trophée digne d’un roi » se dit-il, alors armant son arc il tua la bête et lui trancha la tête pour mieux parader devant ses frères. Le cadet, arriva dans une paisible clairière, où filtraient les chauds rayons du soleil. Là il vit un grand cerf se désaltérer dans une mare d’eau pure, sa fourrure ocre miroitant sous la lumière et ses bois blancs tel l’ivoire, « voici qui devrait faire de moi un roi » se dit-il ; alors s’approchant sans faire de bruit, il tua par derrière l’animal d’une flèche. Le benjamin, lui, tua plus d’un animal, et se vengeait sur d’autres car il ne trouvait pas de trophée digne de ce nom, puis il trouva un beau et grand cerf à l’allure fière et svelte et aux bois ravissants, il tua la merveilleuse créature de toutes les flèches qu’il put tirer dans son corps.

Les trois princes se retrouvèrent dans la forêt et présentèrent les cerfs abattus. Tous étaient grandioses, tous étaient de fabuleuses créations de la nature. Alors que les mauvais princes se disputaient encore pour savoir lequel était le plus beau, un vent terrible se leva dans les bois et un esprit apparut au milieu des feuillages. Il était grand comme deux hommes, portant un manteau de mousse et de branches, ses mains étaient longues et griffues et son terrifiant visage était un crâne de cerf aux cornes noires. D’une voix monstrueuse il dit :

 

« Misérables princes, vous avez osé tuer mes cerfs, les plus beau d’entre tous les habitants de la forêt ! Votre cruauté n’a d’égale que votre orgueil ! Je suis le gardien de ces bois et vous serez puni de votre sacrilège, vous qui n’avez su aimer ce qui est beau et juste soyez maudit ! »

 

Aussitôt les trois princes furent changés en trois cerfs. Furieux de leur sort, bramant et soufflant, ils piétinaient le sol d’où les cadavres des gibiers avaient disparu et alors, rejetant la faute les uns sur les autres ils se battirent et s’éventrèrent de leurs bois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                                                                                                           07/2017

Layer Hadrien

conte inspiré par "Le combat de Cerfs" de Gustave Courbet ©musée d'Orsay