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Marie et son grand-frère

Marie

 

Aujourd’hui c’est mon anniversaire ! J’ai 8 ans ! Je suis presque une des grandes à l’école. Pour l’occasion maman a dit qu’elle avait une surprise mais que je l’aurai que pour midi et que d’abord je devais me faire jolie ! Alors après le petit déjeuner j’ai couru dans ma chambre pour mettre ma plus jolie robe, celle qui est noire et qui a deux bretelles qui remontent par-dessus les épaules. En dessous j’ai mis un t-shirt blanc, celui qui a un col comme les chemises qu’avait papa. En me voyant dans le miroir de mon armoire, j’étais contente mais en repensant aux chemises de papa, j’étais un peu triste... Depuis qu’il est mort et que grand-frère est parti, on vit toutes seules maman et moi...

À ce moment, maman m’a appelée. Je suis descendue à toute vitesse car je croyais que j’allais voir ma surprise. Mais maman m’a dit :

 

« Je dois la préparer d’abord, alors en attendant, va jouer dans le jardin. Et pas de triche ! »

 

Alors je suis sortie dans le petit jardin de devant qui donne sur la rue. J’étais impatiente de savoir ce que maman allait m’offrir.

 

« Bonjour Marie. »

 

C’était une voix familière qui avait dit ça. Je me suis retournée et je n’y croyais pas.

 

« Grand-frère ! » J’ai crié en courant vers le portail du jardin.

 

Je l’ai ouvert et je me suis jetée dans ses bras. C’était bien lui ! Mon grand-frère ! Il a mis une main dans mon dos pendant que je serrais sa taille le plus fort possible. Il m’a caressé les cheveux comme il le faisait avant. J’étais si heureuse de le revoir ! Mon grand-frère adoré, celui qui me laissait dormir avec lui les soirs d’orages où quand j’avais fait un cauchemars et qui fredonnait un petit air pour m’endormir ; celui qui m’achetait des autocollants dans la petite librairie à côté de la boulangerie ; celui qui m’emmenait au cinéma parfois le week-end. C’était vraiment la meilleure surprise d’anniversaire de toute les surprises ! Quand j’ai arrêté de me serrer contre lui, grand-frère s’est accroupi pour être à ma hauteur puis il a dit :

 

« Pour ton anniversaire Marie, on va passer la journée tous les deux et on fera ce que tu voudras. Ça te va ? »

 

Je ne pouvais pas rêver mieux ! J’ai dis oui avec la tête et je me suis encore serrée contre lui en passant mes bras autour de son cou cette fois. Ensuite, il s’est relevé, m’a donné la main et il a dit :

 

« On y va ? »

 

Puis on est partis.

 

On a marché jusque loin dans la ville, puis il m’a demandé ce que je voulais faire. Mais je ne savais pas vraiment. J’ai un peu réfléchi et je me suis souvenue d’un film que j’avais très envie de voir. Mais comme maman travaille souvent le week-end, elle ne m’avait pas emmené. À ce moment, j’ai réalisé qu’on était partis sans elle, je me suis arrêtée de marcher et j’ai demandé :

 

« Et maman !? »

 

Grand-frère m’a regarder d’abord interrogateur, puis il m’a souri :

 

« Je ne peux être là qu’aujourd’hui, alors aujourd’hui ce sera rien que nous deux. »

 

J’ai été triste quand grand-frère a dit ça. Il était revenu mais il allait déjà repartir. Je voulais qu’il reste avec maman et moi comme avant. Toute ma joie était partie aussi, j’ai agrippé sa main avec les deux miennes.

 

« Pourquoi tu peux pas rester ! S’il te plait grand-frère restes ! » J’avais la gorge brûlante comme quand je me mets à pleurer.

 

Alors grand-frère s’est accroupi en face de moi, il a mis son autre main sur les miennes en me souriant gentiment. Puis il a dit doucement :

 

« Je devrais partir demain, mais jusque-là, on a toute une journée rien que pour nous. Alors ne pensons pas à des choses tristes. On va faire que des choses amusantes et on va passer une merveilleuse journée, d’accord ma chérie ? Tu ne veux pas qu’on dise que ton grand-frère te fait pleurer le jour de ton anniversaire ? »

 

J’ai acquiescé et grand-frère a écrasé une larme que j’avais dans un œil. J’ai fais un gros effort et après avoir un peu reniflé, je me suis calmer. Je me sentais même mieux.

 

« Alors... Qu’est-ce que tu veux faire ma puce ? »

 

J’ai regardé autour de moi et en voyant le cinéma je me suis rappelée du film. J’ai pointé l’affiche du doigt.

 

« Je veux aller voir ça ! »

 

Grand-frère a regardé l’affiche. Puis il a regardé la fil des gens qui attendait. Il a répondu :

 

« D’accord. » En me souriant.

 

On a couru jusqu’à la file et on a même prit des Pop-Cornes. Dans la salle, grand-frère a voulu qu’on se mette tout derrière. Il y a eut plein de pubs et puis les lumières se sont éteintes...

Le film était super ! C’était une petite fille qui partait en voyage avec son papa, mais le bateau où ils étaient coulait à cause d’une tempête et la petite fille se retrouvait seule dans un autre pays. Mais elle devenait amie avec un chien errant. Ensuite, ils traversaient plusieurs pays et comme elle avait fait renifler au chien un habit de son père, le chien la ramenait chez elle et elle retrouvait son papa. À la fin, ils adoptaient le chien et ils vivaient tous les trois.

 

Quand le film s’est terminé, grand-frère a attendu un peu avant de se lever et on est sortis. J’ai commencé à lui dire mes moments préférés du film, mais grand-frère m’a dit qu’il devait aller au toilette. Je l’ai attendu en terminant les Pop-Cornes. Il a fait très vite. Quand il est revenu je lui ai prit la main et on est partis. Dans la rue il m’a demandé :

 

« Ça t’a plu ? » 

 

« Oui ! Merci grand-frère. »

 

Ensuite j’ai recommencé à lui dire les moments que j’avais préférés et ceux qui étaient drôles. Grand-frère m’écoutait en souriant et en me regardant ou en regardant devant lui tour à tour. Mais je me suis souvenue du moment de la tempête, quand le bateau coule et que la petite fille est séparée de son père... J’ai détesté ce passage ! C’était horrible ! Et puis, j’ai pensé à papa... Ça m’a rendu triste et j’ai dis : 

 

« Il me manque papa... »

 

À grand-frère aussi il devait lui manquer parce que à ce moment, son regard a changé. Il ne souriait plus et il me serrait la main trop fort. J’ai pensé que je l’avait rendu triste et j’ai regretté d’avoir dit ça...

 

On a marché un petit moment, sans parler, puis grand-frère m’a demandé :

 

« Qu’est-ce que tu veux faire maintenant ? »

 

J’ai réfléchi et j’ai pensé au parc d’attraction de la ville. Mes copines y étaient toutes allées sauf moi.

 

« On peut aller au parc d’attraction là où il y a le magasin de jouets !? »

 

J’avais demandé un jour à maman de m’y emmené mais elle disait qu’on pouvait pas se le permettre. Ce jour-là, j’avais fait un caprice et maman m’avait gronder. J’avais honte en y repensant... Maman travaillait beaucoup et je savais que c’était parce qu’on avait pas beaucoup d’argent. Après la mort de papa, quand grand-frère était parti, elle m’avait expliquée que les adultes devaient travailler pour gagner de l’argent. Parce que les choses de la vie coûtaient de l’argent. J’avais pas tout compris ce jour-là, mais j’avais compris qu’on avait pas assez d’argent pour le parc d’attraction.

Alors j’ai pensé que j’avais peut-être embarrassé grand-frère en demandant d’aller là-bas. Je me suis sentie gêné et j’avais honte aussi. Je ne voulais pas qu’il pense que je faisais un caprice ou qu’il n’est plus d’argent à cause de moi. J’ai ajouté avec une petite voix :

 

« Enfin... Si c’est pas trop cher... »

 

Grand-frère a eut l’air étonné que je dise ça, il m’a regardé et m’a souri. Puis il a répondu en me faisant un clin d’œil :

 

« Ne t’inquiète pas pour ça ma chérie. »

 

Alors on y est allé. En arrivant on a regardé partout. Il y avait de tout ! Des manèges, des jeux où on pouvait gagner des peluches, une grande roue, des endroits pour manger et même un chapiteau comme au cirque ! Je ne savais pas par quoi commencer. Mais en sentant les odeurs de nourritures j’ai réalisé qu’il était tard et que j’avais un peu faim. Grand-frère devait avoir faim aussi, parce qu’il a proposé qu’on commence par déjeuner quelque chose. On a acheté des frites en barquettes et quand on a fini, grand frère m’a emmené  faire un tour de manège, mais je suis montée toute seule parce qu’il devait aller au toilette.

Après on a fait pleins d’attractions et grand-frère m’a proposé d’aller dans le chapiteau parce qu’il y avait un spectacle. Dedans, c’était vraiment comme au cirque. Il y avait des bancs en bois les uns au-dessus des autres et au centre, il y avait une piste ronde. On s’est assis et le spectacle a commencé. C’étaient deux clowns : l’un faisait pleins de farces et l’autres se faisait tout le temps avoir, alors il tapait le premier avec un très gros marteau. C’était très drôle ! Grand-frère aussi trouvait ça très drôle parce qu’il riait en secouant la tête. À la fin ils chantaient et grand-frère m’a caressé les cheveux en soupirant parce qu’il avait trop ri.

Quand on est sorti du chapiteau, il y avait pleins de gens attroupés devant les toilettes. Grand-frère m’a dit qu’on devait partir parce qu’il était tard. J’étais un peu déçue de partir déjà, mais je ne voulais pas rendre grand-frère triste encore, alors j’ai rien dit. Mais c’était quand même très amusant et j’étais très contente. Grand-frère aussi s’était bien amusé parce qu’il n’arrêtait pas de sourire et il riait un peu.

 

En marchant dans la rue, j’ai réalisé que la journée allait bientôt être finie et que grand-frère allait partir. Ça m’a rendue très triste, alors je me suis serrée contre son bras. J’ai demandé :

 

« Quand on sera chez maman, tu viendras manger avec nous avant de partir ? »  

 

Il a répondu en regardant droit devant lui :

 

« On ne va pas chez maman ma chérie. Je t’ai dit qu’on passerais toute la journée ensemble, alors je te ramènerai chez maman demain matin. »

 

Je me suis exclamée :

 

« C’est vrai ! On va où alors !? »

 

Grand-frère a ricané en me voyant si enjoué, il me regardait du coin de l’œil avec l’air des adultes qui ont une surprise mais qui ne veulent pas la dire tout de suite.

 

« On va chez moi. » A-t-il dit après un moment.

 

J’allais enfin savoir où habitait mon grand-frère et j’allais même aller chez lui ! On allait pouvoir rester ensemble jusqu’à demain, j’étais folle de joie !

On a marché longtemps, j’avais mal aux jambes et je commençais à en avoir marre quand on est arrivés. On s’est arrêtés devant le portail d’une maison comme celle de maman. On est entrés dans le petit jardin de devant. Grand-frère a ouvert la porte et j’ai couru à l’intérieur. J’ai regardé tout autour de moi. C’étais comme chez nous, sauf que les murs étaient d’une autre couleur et que le meuble dans l’entrée n'était pas le même. À gauche il y avait le salon et à droite la cuisine. Je voulais voir toutes les pièces, mais je me suis rappelée que je n’avais pas enlevé mes chaussures, alors je suis revenue en arrière. J’ai ouvert le placard pour mettre des chaussons. Dedans il y avait pleins de chaussures : des marron et des noires comme celles de papa, mais j’étais étonnée parce qu’il y avait aussi des chaussures comme celles de maman. Mais grand-frère à refermé la porte du placard en disant qu’il n’avait pas de chaussons à ma taille. Alors je suis restée en chaussettes.

Tout était très propre sauf dans le couloir en bas et dans la cuisine, où il y avait de grosses tâches qui collaient aux pieds. Grand-frère avait renversé quelque chose. Ça sentait aussi fort les produits comme quand maman fait le ménage.

J’ai voulu voir sa chambre, il m’y a emmené. Elle était grande, avec un lit pour parents, un où le papa et la maman peuvent dormir tous les deux. Il y avait aussi une grande armoire avec un miroir et un bureau avec des feuilles. J’ai remarqué qu’un tiroir était ouvert, j’étais curieuse de regarder dedans. Je me suis penchée au-dessus et j’ai vu des bijoux. En les voyant j’ai repensé aux chaussures de mamans dans le placard de l’entrée, alors j’ai pensé que grand-frère vivait peut-être avec quelqu’un... Je lui ai demandé :

 

« Dis grand-frère... Tu as une amoureuse ? »

 

Grand-frère m’a regardé en levant un sourcil, puis il a regardé où je regardais et en voyant les bijoux dans le tiroir du bureau, il a rigolé. Il m’a dit que c’était une amie à lui qui avait oubliée ses affaires chez lui. Ensuite, en me poussant légèrement par les épaules vers le couloir, il m’a dit de prendre une douche pendant qu’il préparait le diner.

Dans la salle de bain, en cherchant une serviette dans l’armoire, j’ai vu qu’il y avait plein de produits de beauté comme ceux de maman et deux bouteilles de parfum différentes. J’ai pris ma douche, puis j’ai pris une grande serviette qui était sortie. Je me suis séchée mais je n’avais pas pris mon pyjama. En fait je n’avais pris aucune affaire à moi, ni ma brosse à dent, ni une culotte pour demain. Alors je suis descendue en serviette. Grand frère était dans la cuisine. Quand il m’a vu, il m’a dit :

 

« Eh ben ma puce, faut pas se promener comme ça tu vas prendre froid. »   

 

Je lui ai dis que je n’avais pas de pyjama, alors il est monté et dans une chambre il a sorti un t-shirt et un short. Ils étaient trop grands, mais en serrant le cordons du short il m’allait.

Après, on a mangé tous les deux. Puis comme c’était une journée « spéciale » j’ai eu le droit de me coucher tard. On est allés dans le salon et grand-frère m’a laissé choisir un film. Mais au bout d’un moment j’étais très fatiguée, j’arrivais pas a garder les yeux ouverts, mais je voulais pas que la journée se termine. Alors je me suis blottie contre grand-frère pour pas qu’il voit que je fermais les yeux. Mais je pense qu’il l’a vu parce que il m’a allongé la tête sur ses genoux et il m’a caressé les cheveux.

J’ai dû m’endormir parce qu’à un moment, j’ai senti que grand-frère me portait dans les escaliers. Il m’a déposé dans un lit très doucement. Je ne voulais pas qu’il parte. J’avais peur soudains qu’en me réveillant il ne soit plus là et que tout n’ait été qu’un rêve. J’ai agrippé son bras :

 

« Grand-frère ! »

 

Il a tout de suite compris, il s’est assis sur le lit :

 

« Je ne vais nulle part ma chérie. »

 

J’étais un peu rassurée, mais je pensais qu’il partirait dés que je serais endormie. J’ai demandé d’une voix toute ensommeillée.

 

« Grand-frère tu veux bien chanter la chanson que tu chantais avant ? »

 

« Bien sur. »

 

Alors grand frère s’est mis à chanter. Je ne sait pas combien de temps il est resté avec moi. Je l’ai senti m’embrasser, mais c’était peut-être un rêve.

 

Le lendemain, quand je me suis réveillée, je croyais que j’étais dans ma chambre à la maison. Mais la chambre n’était pas du tout comme la mienne, elle était vide, il y avait des autocollants sur la porte du placard que je ne connaissais pas et il n’y avait aucune de mes peluches dans le lit. Les rideaux n’étaient même pas les miens. Il m’a fallu un petit moment pour me rappeler de la journée d’avant. Quand je me suis souvenue de tout, j’ai sauté du lit. J’ai couru dans les escaliers. Grand-frère n’était pas dans la maison. En le cherchant, j’ai vu qu’il était dehors dans le jardin de derrière. La grande fenêtre du salon était ouverte. En m’entendant il s’est retourné, j’ai couru vers lui et je me suis jetée dans ses bras.

 

Après ça on a petit-déjeuné dans la cuisine, puis il a bien fallu partir. Je me suis habillée, j’ai remis mes chaussures et on est sortis. J’étais triste et grand-frère devait avoir la tête ailleurs, parce qu’il a même pas fermé la porte à clef.

 

Il m’a donné la main tout en marchant. On a pas beaucoup parlé. Je le regardais de temps en temps et je faisais un effort pour sourire mais des larmes finissaient toujours par monter et je terminais toujours par une grimace. Je frottais mon visage contre sa manche pour ne pas lui faire de la peine.

Quand on est arrivés dans la rue de chez moi, il y avait deux voitures de police garées devant la maison. En arrivant prés du portail, maman nous a vu par la fenêtre du salon. Elle s’est précipitée dehors, des policiers sont sortis aussi. Grand-frère a lâché ma main et il m’a gentiment poussé en avant en me souriant. Je lui ai souri aussi et j’ai couru vers maman. J’étais contente de la revoir. Elle, elle est tombée à genoux en pleurant et m’a serrée très fort. Elle arrêtait pas de m’appeler tout en pleurant.

 

Je comprenais pas pourquoi maman était dans cet état alors qu’on ne s’était pas vu depuis seulement un jour. J’ai tourné la tête vers grand-frère qui était resté dans la rue. Je lui ai fais au revoir de la main. J’ai pas bien vu, mais il m’a fait un signe de main et après, des policiers l’on frappé dans les genoux pour le faire tombé à terre, pendant que maman m’entrainait dans la maison. 

 

Grand-frère

 

C’est ça l’avantage d’être docile. Vous faites ce qu’on vous dit et après un certain temps, quand les gens pensent vous connaitre, que vous n’êtes pas un détenus à risque, vous pouvez leur crevez un œil et piquer leur arme. Cet abruti de gardien sera cité en exemple pour les bleus.

J’avoue qu’ils m’avaient facilité les choses en faisant mon transfère à l’aube. Il n’y avait pas encore beaucoup de monde dans les rues, en plus c’était le week-end, je pouvais me balader dans la ville sans me faire remarquer tout de suite. Mais quand le jour a commencé à être clair, je me suis félicité d’avoir pris la veste du gardien pour cacher un peu ma tenue orange. J’ai pu chercher jusqu’à tard dans la matinée une bonne maison où « m’installer ». D’ailleurs, celle-ci fera très bien l’affaire. Depuis le trottoir, je voyais les habitants dans leur cuisine derrière la fenêtre : le mari, la femme et une gamine. Pas de chien dans le jardin, j’ai pu entrer et aller frapper à la porte directement.

 

« Police ! » Ai-je crié en mettant la plaque voler au gardien devant le judas.

 

C’est fou c’que les gens sont crédules ! Ils ne sont pas capable de différencier un vrai badge d’un faux, mais ce con en robe de chambre à quand même ouvert. Il a à peine eut le temps de remarquer le contraste entre mon pantalon et la veste de flic, que je l’avais égorgé en lui enfonçant les clefs de mes menottes entre les deux clavicules. Pas super ses clefs, il faut vraiment forcer pour qu’elles rentrent... J’en toucherai deux mots aux prochains gardiens. Il est tombé dans le couloir de l’entrée en bavant du sang et en se tenant la gorges. Il a sûrement même pas comprit ce qu’il s’était passé. Haha ! Bien ! Sa bonne femme pointe son nez depuis la cuisine. Elle à l’air plus vive, mais maintenant que j’ai refermé la porte je peux tirer sans trop de risque que les voisins entendent trop fort. Une balle en pleine tête. Je me serais applaudi, pour un second tire c’est pas mauvais ! J’arrive dans l’encadrure de la cuisine, la fille : une ados avec ses écouteurs dans les oreilles et qui écoute sûrement sa musique à fond parce que je l’entends d’où je suis. Et en plus elle vient juste de remarquer ce qu’il se passe... Décidément ils sont long à la détente dans cette famille. Je lui ai mis deux balles à celle-là. Une dans le ventre, l’autre dans la poitrine. Une seule aurait suffit... Bah ! Ce sera pour tous ceux qui écoutent leur musique trop fort dans les transports.

Bon ! le père est encore en train d’agoniser dans l’entrée, il est dix heure moins dix d’après l’horloge de la cuisine. Je dois pas trainer mais j’ai le temps de me faire une tartine.

 

C’était pas le plus simple, mais j’ai balancé toute la petite famille dans le garage. Ensuite, j’y ai passé presque une heure, mais j’ai nettoyé le sang. Il en reste encore, ça a fait des traces poisseuses mais ça ira. Ça aura le temps de sécher un peu dans la journée. J’ai fais le tour des pièces, j’ai jeté à la poubelle les photos du salon et sur les murs et les posters que j’ai arrachés dans la chambre de la gamine. En fait, j’ai bazardé toutes les affaires qui trainaient sur ses meubles. J’ai trouvé les portefeuilles des parents et les économies de la fille. J’ai un peu de liquide maintenant. Je me suis changé aussi. Je suis allé farfouiller dans l’armoire de la chambre des parents. J’ai mis une chemise et un pantalon du père. La chemise est un peu grande et le pantalon un peu trop large pour moi, mais avec une ceinture ça va. Par contre le pistolet ne rentre pas bien dans les poches... Alors j’ai mis une veste. J’en ai trouvé une avec des poches intérieures. Le flingue tient bien, c’est parfait !

Il est onze heure et quart. Tout est prêt. J’ai hâte de retrouver ma petite Marie chérie pour son anniversaire !

 

J’ai marché un long moment, en faisant des détours par des rues et des chemins loin de la route et pas trop fréquentés. J’arrive dans la rue que j’habitais avant. Rien n’a changé. Sauf que le voisin à enfin fini son muret en parpaing. J’aimerais que ça se passe le plus en douceur possible pour ma petite sœur. J’aimerais éviter de trucider sa connasse de mère devant elle. Mais je n’aurais peut-être pas le choix... J’aviserai.

J’ai imaginé cette journée des centaines de fois. Imaginé tous les scénarios. Mais c’est le meilleurs que je pouvais espérer ! Elle est juste là. Dans le jardin de l’autre côté du portail. Elle est toute mignonne dans une petite robe noire avec une sorte de chemisette blanche en dessous et des bottines vernies.

 

« Bonjour Marie. » Ai-je dis en m’arrêtant derrière le portail.

 

Elle s’est retournée, son petit visage s’est illuminé et elle a crié :

 

« Grand-frère ! » En se précipitant sur le portail.

 

Elle l’a ouvert en grand et s’est jetée sur moi. Elle m’a serré fort la taille avec ses petits bras. J’ai passé une main dans ses cheveux. Ils étaient tout luisant et tout soyeux. Ma petite Marie... Comme tu es adorable... Quand elle a relâché son étreinte, je me suis accroupi pour la regarder dans les yeux : 

 

« Pour ton anniversaire Marie, on va passer la journée tous les deux et on fera ce que tu voudras. Ça te va ? »

 

Elle semblait folle de joie. Ce qui est bien avec les enfants, c’est que leurs émotions sont trop entières. Je suis sûre qu’elle n’a même pas pensé à sa mère. La preuve, elle a acquiescé et elle s’est pendue à mon cou. Parfait ! Je ne pouvais vraiment pas rêver mieux. Je me suis relevé et j’ai tendu la main pour qu’elle me donne la sienne.

 

« On y va ? » Ai-je demandé.

 

Sa main était toute petite et toute douce. Je sentais son pouls en touchant son poignet... C’était comme serrer une petite sourie.

 

On a marché jusque loin dans la ville. Le secret pour passer inaperçu c’est de ne pas essayer de se cacher. Plus vous avez l’air suspect, plus on vous remarque. Il faut être sûr de soi, marcher en ayant l’air de savoir où on va. C’est tout une attitude. Mais je n’oublie pas que c’est l’anniversaire de Marie :

 

« Qu’est-ce que tu veux faire ma puce ? » Lui ai-je demandé.

 

Elle a réfléchi un petit peu puis elle s’est arrêtée de marcher et elle a dit :

 

« Et maman !? »

 

Ça m’a un peu surpris. C’est seulement maintenant que tu pense à ta mère ma grande ? Les enfants sont vraiment déconcertant des fois. Mais je devais lui répondre quelque chose qui lui fasse abandonner l’idée que sa sale pute de mère gâche cette journée à nous deux. Je lui ai souri et j’ai répondu :

 

« Je ne peux être là qu’aujourd’hui, alors aujourd’hui ce sera rien que nous deux. »

 

Son visage s’est comme décomposé. C’était fascinant à voir. Elle a agrippé ma main avec les deux siennes puis elle s’est écriée avec des sanglots dans la voix

 

« Pourquoi tu peux pas rester ! S’il te plait grand-frère restes ! »

 

Merde ! Elle va chialer. Non, non, non, non, chiale pas ma puce, c’est pas le moment de se faire remarquer ! Il fallait vite que je la console ! Alors je me suis accroupie en face d’elle, elle avait déjà les larmes aux yeux ma petite chérie. J’ai pris ses petites mains douces dans les miennes en affichant le sourire le plus gentil que je pouvais. Et je lui ai dit à mi-voix :

 

« Je devrais partir demain, mais jusque-là, on a toute une journée rien que pour nous. Alors ne pensons pas à des choses tristes. On va faire que des choses amusantes et on va passer une merveilleuse journée d’accord ma chérie ? Tu ne veux pas qu’on dise que ton grand-frère te fais pleurer le jour de ton anniversaire ? »

 

Elle a acquiescé. Ma gentille petite Marie, ne pleure pas. J’ai essuyé ses yeux. Elle à reniflé mais elle s’est vite calmé. On avait frôlé la catastrophe, mais l’effet escompté avait bien marché : elle avait complètement oublié sa mère.

 

« Alors... Qu’est-ce que tu veux faire ma puce ? » Ai-je dit avec un regain d’énergie pour passer à autre chose.

 

Elle a regardé un peu autour de nous, puis elle a pointé du doigt l’affiche d’un film à l’entrée de la galerie commerçante.

 

« Je veux aller voir ça ! » A-t-elle dit avec enthousiasme.

 

J’ai réfléchis deux minutes. Ça ne me plait pas de rester immobile au milieu d’une foule de gens. Enfin... Dans l’obscurité au milieu de tout ce monde on ne sera pas trop exposé. Mais après tout... C’est son anniversaire et j’ai décidé qu’on ferais ce qui lui plairait.

 

« D’accord. »

 

On a couru jusqu’à la file. Et en prenant les billets j’ai pris du Pop-Cornes aussi. Tant qu’à faire, la p’tite famille aurait voulue en avoir pour son argent. Dans la salle, j’ai tenu à ce qu’on s’assois tout derrière. Ce serait plus facile de s’enfuir au cas où. Et puis j’aime pas être ailleurs. Devant on doit lever la tête pour voir l’écran et au milieu on voit pas tout correctement.

Le film a mis une éternité à commencer ! J’ai vraiment l’impression qu’il y a plus de publicités que quand j’étais petit ! Enfin... J’aime bien le cinéma. Je suis toujours épaté de voir la réaction du public. Une fois j’ai vu une femme assise au rang devant le mien, elle pleurait comme si elle avait une fuite lacrymale. J’étais fasciné... Je ne pouvais plus détourné mon regard d’elle. Je ne comprends déjà pas comment les gens peuvent être touché par ce qui arrive à ceux qu’ils ne connaissent pas, mais au cinéma c’est encore plus extraordinaire ! Les gens ont de l’empathie pour des personnages fictifs. Non seulement ils ne les connaissent pas, mais en plus, ils n’existent pas ! C’est incroyable !

En tout cas, le film étant une connerie pour les morveux, la salle en était remplie. Vers la moitié, un père, sans doute, assis devant nous s’est mis à regarder son portable... S’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est l’impolitesse ! Marie ne s’en ai même pas aperçu, mais moi je l’ai bien observé. Ce sale fils de pute n’a pas seulement regardé l’heure, il a carrément envoyé des sms ! J’hallucine !

Quand le film s’est terminé, j’ai attendu qu’il se lève et je nous ai fais sortir de la salle derrière lui. Marie commençait à me parler visiblement très enthousiaste. J’ai vu le type entrer dans les toilettes, j’ai dit à ma petite sœur que je devais aller aux toilettes et je suis entrer après lui. Par chance, il n’y avait que nous deux et un autre type qui terminait de se laver les mains et qui est parti tout de suite. L’autre avec sa gueule du mec qui vient de passer une heure à s’emmerder est allé tout au fond pour pisser dans un urinoir. J’ai sorti mon flingue, je l’ai tenu pas le canon et je lui ai donner de quoi se réveillé à cet enfoiré. Il s’est effondré dans sa pisse, la crâne ouvert. J’ai vite lavé la crosse et je me suis rapidement essuyé les mains. Et je suis allé retrouver Marie. Elle m’a pris par la main et on est sorti dans la rue. Non mais !

 

« Ça t’a plu ? » Lui ai-je demandé. 

 

« Oui ! Merci grand-frère. » M’a-t-elle répondu avec un adorable sourire.

 

Visiblement le film lui avait plu, car comme tous les gamins, elle a commencé à me raconter le film qu’on venait de voir comme si j’avais pas été là. Mais j’écoutais sa mignonne petite voix qui retranscrivait toutes les émotions qu’elle venait de traverser. Tout d’un coup, elle s’est mise a parler du moment où le bateau coule et que la petite fille et son père sont séparés. Oui, je me rappelait vaguement d’une scène comme ça, vers le début. Alors elle est devenue toute triste et elle a dit :

 

« Il me manque papa... »

 

Ces mots m’ont fait comme un choque électrique. Ce sale enfoiré de traître ! Ce connard qui avait abandonnée maman pour aller baisé une catin ! Ce pauvre mec qui avait préféré une pute à sa femme et son propre fils ! Et qui vivait heureux en refaisant une petite famille pendant que maman s’était barrée en me laissant vivre avec lui ! Il n’avait pas le droit au bonheur ce sale con ! Alors un beau jour qu’il se croyait heureux avec sa nouvelle femme, sa petite fille et son fils à ses côtés, je lui ai éclaté la tête à coup de marteau ! Ah ce jour-là ! Je m‘étais bien défoulé ! Je m’étais délecté de son expression de surprise et d’horreur. Eh oui ! Surprise pauvre abruti ! Le fils que t’as trahi et abandonnée t’a buté !

Au bout d’un moment, j’ai réalisé que je m’étais perdu dans mes pensées. J’ai regardé Marie, elle avait l’air un peu penaude, comme si je l’avais un peu gronder. C’était amusant à voir, je ne lui avait rien dit pourtant. Elle avait tout devinée rien qu’à mon expression. C’est pas n’importe quelle merdeuse qui aurait été aussi perspicace ! Qu’elle est merveilleuse ma petite Marie ! Mais je devais lui faire passer une bonne journée aujourd’hui, alors pour rattraper le coup j’ai demandé :  

 

« Qu’est-ce que tu veux faire maintenant ? »

 

Elle a réfléchi puis elle a dit :

 

« On peut aller au parc d’attraction ? Là où il y a le magasin de jouet !? »

 

J’ai un peu réfléchi en plissant les yeux, je ne voyais pas très bien de quoi elle parlait. Les parents nous y avaient emmené une fois me souviens-je. Marie était encore un bébé. C’était... quelque chose que j’avais complétement oublié. Ça ne devait pas être un endroit mémorable...

Mais soudains, avec un air tout embarrassée et une petite voix, elle a ajouté :

 

« Enfin... Si c’est pas trop cher... »

 

J’étais très étonné. Depuis quand les enfants se soucient d’argent ? Mais en y réfléchissant je comprenais : sa mère l’élevait seule, elle devait aussi payer les charges avec son seul salaire... L’argent devait lui manquer... Je ne pouvais m’empêcher de sourire en imaginant cette femme réveillée la nuit par ses soucis d’argent.

Mais aujourd’hui ma petite chérie, l’argent ne sera pas un problème. Je peux emprunter à volonté et sans intérêts. J’ai regardé ma cher petite Marie et j’ai répondu en lui faisant un petit clin d’œil :  

 

« Ne t’inquiète pas pour ça ma chérie. »

 

Non, avec un frère en taule et un père mort, tu aura bien l’occasion d’avoir ce genre de problèmes.

 

On est allée au parc d’attraction. À l’intérieur il y avait des stands tape à l’œil et des affiches de mauvais goût de tous les côtés. Ça puait la friture et le sucre. Mais sentir ces odeurs m’a rappelé qu’on avait pas déjeuné. Ma Marie adorée devait mourir de faim, mais elle n’avait rien dit. Et dire que les enfants passent leur temps à réclamer à la moindres envies. Je suis sûre qu’elle serait restée à crever de faim toute la journée sans rien dire, juste de peur de m’ennuyer en réclamant. J’adore ma petite sœur !

Je n’avais aucune envie de faire les attractions débiles qui attiraient des troupeaux d’abrutis avec des musiques lancinantes et des lumières qui clignotaient alors qu’on était en plein jour... Du coup j’ai proposé qu’on commence par manger quelque chose. On a acheté des frites en barquettes mais en payant je me suis rendu compte que le liquide allait manquer. Ces andouilles n’avaient que peu d’argent dans leurs portes-feuilles et vu ses tiroirs, leur connasse de fille devait acheter du maquillage plutôt que d’économiser ! Peu importe. quand on a eut fini, j’ai guetté le bon moment, alors j’ai emmené Marie faire un tour de manège et je lui ai dit que je devais aller au toilette. Quand elle a été installé, j’ai filé aux toilettes dans lesquels j’avais remarqué qu’un homme se rendait.

L’intérieur était répugnant, mais tant mieux ! Comme ça moins de monde voudrait venir nous déranger. En tout cas, ça n’a pas empêcher ce porc de s’asseoir dans une des cabines. J’ai défoncé la porte avec un grand coup de pied. Le loquet s’est arraché et elle a claqué contre le mur dévoilant l’homme qui était figé de stupeur dans un mouvement de recule. J’ai tiré une balle entre ses yeux de merlan frit. Il est tombé adossé contre le mur, les bras ballants, son gros cul vissé sur la cuvette. J’ai pris son fric dans une poche de son pantalon et j’ai jeté le porte-feuille dans les chiottes entre ses jambes. Heureusement, comme les stands n’acceptent pas la carte bancaire, il avait fait le plein de liquidité celui-là. Je lui ai jeté un œil avant de partir : son gros cadavre vautré sur les toilettes, le froc aux chevilles, la bouche grande ouverte et des morceaux de sa cervelle qui ne devait pas lui avoir servi beaucoup vu sa dégaine, tout autour de son crâne chauve dans une éclaboussures ronde un peu dentelée comme une couronne... Le roi sur son trône... C’était burlesque et pathétique.

 

Je suis ressorti après avoir tant bien que mal refermé la porte de la cabine pour qu’on ne trouve pas le corps trop vite. Et j’ai retrouvé Marie qui descendait du manège. Elle était contente. Ensuite, je l’ai suivi dans le parc, on a fait toutes les attractions qu’elle voulait et puis j’ai vu qu’il y avait un chapiteau, je lui ai proposé d’y aller, elle a tout de suite dit oui. On est entrés, on s’est assis et le spectacle a commencé très vite cette fois.

C’étaient deux clowns : J’adore les clowns ! Leurs bouffonneries font apparaître la vrai nature des gens. Dans les duos de clowns, il y en a toujours un qui martyrise l’autre. Tiens ! Là, il y en a un qui tape sur la tête de l’autre avec un maillet. Et les gens trouvent ça amusant. Mais quand ça arrive pour de vrai, ils trouvent tous ça horrible et choquant... Regardez moi cette bande de sales hypocrites ! Ils viennent en masse voir de la violence, mais si on leur demande ce qu’ils pensent de la violence, ils disent tous qu’ils sont contre... Ha ha ! Quand j’ai éclaté le crâne de papa avec ce marteau... Si je l’avais fait sur cette scène en portant un nez rouge, ils auraient tous rigolé au lieu de m’envoyer en taule... Même Marie rigole. Ah... j’ai ri et soupiré en lui passant la main dans les cheveux. Même cette petite est assoiffée de sang sans le savoir... Comme c’est mignon.

 

Comme je m’y attendais, lorsqu’on est sorti du chapiteau, il y avait pleins de gens attroupés devant les toilettes. Au loin on pouvait entendre des sirènes de polices ou d’ambulances. Il fallait qu’on y aille. J’ai dit à Marie qu’on devait partir. Je l’ai prise par la main et on s’est dirigés vers la sortie. Quand je pense à ces pauvres policiers qui vont trouver ce brave homme la tête explosée dans les chiottes, avec son air ahurie et sa bite à l’air ! Je peux pas m’empêcher de rire ! 

 

Dans la rue j’ai eu un peu de mal à retrouver le chemin pour rentrer à « la maison ». Tout en marchant, Marie s’est soudains serrée contre mon bras. Elle m’a demandé l’air dépité :  

 

« Quand on sera chez maman, tu viendras manger avec nous avant de partir ? »  

 

J’ai continué à regarder droit devant pour identifier le bon chemin, mais ça m’a amusé qu’elle me demande ça. 

 

« On ne va pas chez maman ma chérie. Je t’ai dit qu’on passerais toute la journée ensemble, alors je te ramènerai chez maman demain matin. »

 

Elle s’est exclamée :

 

« C’est vrai ! On va où alors !? »

 

Je l’ai regardé du coin de l’œil. Je ne pouvais pas me lasser de son visage si expressif... Je me suis mis a ressentir un euphorisant sentiment de pouvoir. J’avais tout pouvoir sur elle. À cet instant précis, JE décidais de ce que Marie ressentirait dans les prochaines minutes. D’un seul mot, je pouvais la rendre heureuse ou triste, illuminer son visage ou abattre son morale, détruire sa joie et mouiller ses yeux. Moi et moi seul ! Si je disais quelque chose qui la rendait heureuse j’étais le créateur de son bonheur. Si je disais quelque chose qui la décevait, je pourrais voir son petit visage défait et en prime, lutter contre sa tristesse pour ne pas me faire de peine. Ah... J’en avais presque des palpitations... Mais ne t’inquiète pas ma puce. Je ne veux pas que tu sois triste.

 

« On va chez moi. » Lui ai-je répondu.

 

Son visage s’est illuminé, comme prévu.

 

On a marché longtemps, mais j’ai fini par retrouver « ma maison ». En entrant, Marie s’est précipitée à l’intérieur. Elle était très enthousiaste... Elle a couru dans le couloir de l’entrée et a regardé le salon puis la cuisine en tournant sur elle-même. Sa petite robe noir a voleté autour d’elle. Elle ne s’est même pas rendue compte qu’elle tournoyait sur une énorme flaque de sang séché... C’était trop mignon. Mais soudains, elle est revenue vers moi en trottinant, s’est assise par terre et a retiré ses chaussures avant d’ouvrir le placard pour chercher des chaussons... Et là, je dois reconnaitre deux choses : d’abord que ma petite Marie est très bien élevée. Ensuite que j’ai été négligent... Je me suis débarrassé des affaires de la petite famille qui vivait là, mais en voyant ma petite sœur farfouiller dans le placard, j’ai réalisé que j’avais laissé les chaussures de la femme et de la gamine. J’ai refermé le placard et j’ai dit à Marie que je n’avais pas de chausson à sa taille et qu’elle pouvait rester en chaussette.

Ensuite, en marchant dans le couloir, ses chaussettes ont collé sur les traces des flaques, elle a regardé sous ses pieds. J’ai pensé qu’il valait mieux désamorcer toutes questions, alors je lui ai dit que j’avais renversé quelque chose. L’explication lui a amplement suffit parce qu’elle a tout de suite demandé à voir ma chambre. Ce qu’il y a de bien avec les enfants, c’est qu’ils croient tout ce qu’on leur dit et que ça leur suffit pour peu que quelque chose d’autre les intéresse. Leur attention est aussi volatile que leur intérêt. En tout cas je l’ai emmené voir « ma chambre ». Elle trottinait devant moi dans l’escalier. Ses cheveux châtains sautillaient au-dessus de ses petites épaules.

Je n’étais passé que brièvement dans la chambre des parents, j’avoue que je n’avais pas pensé qu’elle voudrait la voir. Mais en balayant l’endroit du regard, je n’ai rien vu d’inquiétant. Seulement d’un coup elle m’a timidement demandé :

 

« Dis grand-frère... Tu as une amoureuse ? »

 

Je ne comprenais pas du tout d’où elle sortait cette idée. Mais ses yeux semblaient attirés par quelque chose. En suivant son regard, j’ai vu le collier et les boucles d’oreilles que j’avais balancé dans un tiroir du bureau que j’avais oublié de refermé. Oups ! J’ai vraiment été négligent ce matin... Mais ça m’a fait rire. Rien ne lui échappait à ma chérie ! Je lui ai sorti une excuse quelconque à propos d’une amie et je l’ai poussé par les épaules dans couloir. Pour éviter qu’elle ne fouine plus, je l’ai envoyé prendre une douche. Ça me laissera le temps de refaire un tour.

 

Je suis redescendu et j’ai tourné dans le salon et les pièces du bas. J’ai récupéré quelques bibelots pour lesquels je n’avais pas envie d’inventer une raison à leur présence et je suis allé dans le garage dont j’avais bien verrouillé la porte. J’ai jeté les bibelots sur les corps empilés des trois ex-propriétaires, mais avant de refermer la porte j’ai entendu comme un râle. Je me suis approché des cadavres, curieux de savoir lequel avait réussi à survivre jusqu’au soir. Mais en m’accroupissant, j’ai trouvé d’où venait le bruit. C’était le mp3 de la fille qui avait continué de tourner. Et ce n’était pas un râle mais un grésillement venant de la musique qui jouait dans les écouteurs. J’ai pris l’appareil et les écouteurs en me disant qu’il y avait longtemps que je n’avais pas écouté de musique. Ensuite je suis remonté vérifier « la chambre » de ma petite sœur.

Enfin, je suis allé préparer le diner dans la cuisine. Quelques minutes après, Marie est arrivée toute nue avec juste une grande serviette sur ses fines épaules blanches. Je pensais qu’elle avait passée l’âge de faire ça...  

 

« Eh ben ma puce, faut pas se promener comme ça tu vas prendre froid. »  

 

Mais en fait, elle m’a expliqué qu’elle n’avait pas pris de pyjama. Alors je suis monté avec elle dans « sa chambre » et j’ai fouillé dans le placard de l’ancienne occupante. J’ai sorti un T-shirt et un short. Le T-shirt lui descendait jusqu’aux hauts des genoux et le short était bien trop grand, mais en serrant le cordon au maximum, ça irait bien pour une nuit.

 

Après quoi nous sommes allés manger tous les deux. À la fin du repas, Marie m’a aidé à débarrasser. Elle a même mis son assiette dans la machine à laver ! Je me suis retenu de rire ! La voir faire des choses inutiles en pensant bien faire était à la fois drôle et craquant.

 

La nuit était déjà tombé, mais comme je n’avais pas l’intention de dormir je l’ai autorisé à veiller tard. Elle était toute contente. Je lui ai même laissé choisir un film dans ceux qui étaient dans le meuble sous la télé. Mais avant la fin, elle était si fatiguée qu’elle s’est allongée sur mes genoux. Je me suis mis à caresser ses cheveux. Ils étaient tout doux.

 

Finalement, je l’ai porté jusqu’à « son lit ». Elle dormait à moitié ma Marie. Mais juste après l’avoir déposé, elle a agrippé mon bras en m’appelant :

 

« Grand-frère ! »

 

Oh, mais ne t’en fais pas ma chérie... Je n’avais pas l’intention de partir.

 

« Je ne vais nulle part ma chérie. » L’ai-je rassuré.

 

Elle m’a demandé d’une voix toute ensommeillée.

 

« Grand-frère tu veux bien chanter la chanson que tu chantais avant ? »

 

« Bien sûr. »

 

Alors je lui ai chanté la petite chanson que je lui fredonnais, les nuits où en pleures, elle venait dans ma chambre en trainant son oreiller pour dormir avec moi. Ces nuits-là, je la renvoyais d’abord dans sa chambre, en lui disant sévèrement qu’elle était trop grande maintenant pour dormir avec moi. Puis sans faire de bruit, j’allais l’écouté pleurnicher sous ses draps... Enfin, en soupirant, j’entrais pour lui dire qu’elle pouvait venir. D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours trouvé une intense satisfaction a rendre les autres tristes, pour les consoler juste après. Je ne sais pas pourquoi... J’en parlerai au psychiatre de la prison.

 

Marie s’endormait de plus en plus profondément. Je ne faisais plus que fredonner très légèrement et j’entendais sa respiration devenir petit à petit lente et régulière...

Je regardais cette petite créature qui, en toute quiétude, en toute confiance, s’endormait près de moi...

Je n'y crois pas... Ta mère ne t’a rien dit ? Tu ne sais pas ce que j’ai fais à ton père ? Mon adorable petite chérie ! Je parcourais son visage calme aux yeux clos, sa petite main posée près de sa bouche... Marie...

Les enfants sont de petites merdes narcissiques et vicieuses, totalement inconscientes de leur bonheur et de ce qui compte dans leur vie. Mais toi Marie, tu es différente. Toi qui as perdu ton père, qui ne peux plus voir ton frère, tu sais ce qui est important. Tu sais ce qu’on risque de perdre dans la vie. Les autres enfants ne sont motivés que par la recherche de leur propre plaisirs. Mais toi... Tu es seulement heureuse de passer du temps avec ton grand-frère... Tu veux juste passer du temps avec ceux qui t’aiment... Tu n’es plus comme les autres enfants... Et tout ça grâce à la mort de papa... Ah ! Je suis bien content de l’avoir buté... Marie... Mon trésor... Mon chef-d’œuvre...

Je me suis penché sur elle, j’ai doucement frotté mon visage contre sa joue en remontant sur ses cheveux et leur bonne odeur de propre. J’ai embrassé ma cher petite Marie et je suis sorti de la chambre.

 

Je n’avais pas l’intention d’aller dormir. C’était une des rares nuits que je passerais encore en liberté. Alors j’ai fait un tour dans la maison, en observant ce que je n’avais pas jeté. En mettant la main dans ma poche j’ai trouvé le mp3 de la fille. Je l’ai parcouru, c’était principalement des musiques pour pisseuses mais j’ai trouvé quelques albums que j’aimais bien. J’ai mis les écouteurs et j’ai lancé les chansons en continuant de vagabonder dans le salon. Après un moment, j’ai eu envie de sentir de l’air. Je suis allé dans le jardin. J’ai fait les cents pas en regardant le ciel, c’était un peu nuageux cette nuit... Dommage j’aurais voulu mieux voir les étoiles... En entendant une sirène au loin, je me suis remis a pensé à ce matin. Qu’elle chance incroyable quand même qu’ils aient décidé de me transférer aujourd’hui ! Depuis deux ans que j’étais dans une prison pour mineur, je venais d’avoir l’âge d’aller dans une « prison d’Homme », comme disait Paul... Aha... Sacré Paul... Je me demande s’il sera toujours aussi drôle avec un œil en moins ? Remarque je vais avoir un autre gardien maintenant... Soudains, l’une des chansons m’a fait pensé à une chose ! Je suis allé dans la cuisine et j’ai fouillé dans les tiroirs. J’y ai pris une grande paire de ciseaux qui semblaient bien aiguisée. Je suis monté sur la pointe des pieds. Je suis entré silencieusement dans la chambre de Marie. Je me suis faufilé jusque devant son lit et me suis agenouillé devant son visage serein. Je l’ai observé dormir un moment... Puis j’ai caressé sa joue du bout des doigts, avant de doucement faire glisser les ciseaux contre sa nuque. Et lentement, j’ai coupé une petite mèche de ses cheveux.

Je suis ressorti sans la réveiller en tenant entre mes doigts le précieux échantillon luisant que je comptais garder pour me souvenir de sa douceur et de son odeur. Ravi, je suis retourné dans la jardin. Et puis plus vite que je ne l’aurais cru le ciel s’est mis à blanchir. Je me suis accoudé contre la clôture et j’ai attendu pour regarder le lever du soleil.

 

Après un long moment, j’ai entendu Marie descendre les escaliers. Elle m’a vu depuis le salon et s’est précipitée vers moi pour se jeter dans mes bras.

 

Après ça on a petit-déjeuné dans la cuisine, puis il a bien fallut partir. Quand Marie a eut fini de se préparer on est sortis. J’avais balancé la clef de la porte dans le jardin en mettant la main dessus dans ma poche cette nuit. De toute façon, ça ne gênerait plus personne que la porte d’entrée reste ouverte...

 

Marie m’a donné la main tout en marchant. On a pas beaucoup parlé. Elle me regardait de temps en temps et faisait un effort pour sourire mais des larmes finissaient toujours par monter et son petit visage finissait toujours par se crisper dans une grimace. Alors elle frottait son visage contre ma manche. C’était vraiment craquant.

 

Voilà ! On est revenus dans la rue de chez toi ma chérie. Et bien entendu les flics m’y attendent déjà. Je jubile en imaginant l’état de ta pouffe de mère depuis hier.

 

On s’est approchés du portail jusqu’à ce que cette conne nous remarque. Alors je me suis arrêté, j’ai lâché la main de Marie et je l’ai poussée vers sa maison en lui souriant. Elle a couru et sa mère l’a prise dans ses bras en pleurant. Des policiers se sont approchés de moi, l’un par devant pour garder mon attention, la main au-dessus de l’arme à sa ceinture. Deux ou trois en me contournant. Ne craignez rien. Je ne vais rien faire. Je ne les regarde même pas. Je fixe ma petite Marie, qui me fait un petit « au revoir » de la main.

 

Au revoir ma chérie. Ce sera plus difficile, mais je reviendrais fêter ton anniversaire l’année prochaine...

 

Hadrien Layer 20/04/2022