Peut-on concevoir la Terre comme un être vivant ?

 

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«Lorsqu’en 1785 James Hutton fit de la Terre un super organisme, je ne pense pas un seul instant qu’il ait songé à une déesse ou à quelque être doué de pensée. Je crois qu’il employait la seule terminologie dont il disposait alors pour exprimer son intuition que la Terre se comportait comme un système autorégulé et que la science adaptée à son étude était la physiologie. ».

J. Lovelock, Gaïa : Comment soigner une terre malade ?

1992, p. 57

 
 
 
 
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L’ère de l’exploration spatiale a permis de basculer d’une conception de la Terre, autrefois perçue comme un corps inerte et désanimé, à une image de celle-ci vue depuis l’espace. Ce recul « spatio-conceptuel » donnera lieu en 1979 à l’hypothèse « Gaïa », un geste du scientifique James Lovelock qui donne à penser la Terre comme un écosystème complexe, elle-même composée de plusieurs écosystèmes. Cette Terre animée est alors pensée comme un véritable être vivant.

Selon Lovelock, une planète inerte et inactive qui contiendrait dans son atmosphère des gaz chimiquement instables serait dans l’incapacité de les maintenir continuellement en bonne quantité. La Terre se pense au contraire comme vivante, car elle posséderait un système d’autorégulation appelé « homéostasie » qui, comme un être vivant, lui permettrait de maintenir activement sa température et son atmosphère.

Cependant, la Terre n’est pas un corps qui produit ou consomme de la nourriture pour ensuite produire ses propres déchets. Elle ne perd pas non plus d’énergie par dissipation de chaleur lorsqu’elle maintient cet état homéostatique. Gaïa ne serait donc pas stricto sensu un organisme vivant qui aurait l’intention ou la conscience de réguler son état. De ce fait, « comme un être vivant » ne serait ici qu’une analogie, et Gaïa ne serait alors que métaphoriquement vivante.

Mais n’y a-t-il qu’une seule manière d’être vivant ? Gaïa n’a certes pas de cerveau central tangible, mais elle possèderait bien, selon le microbiologiste Lynn Margulis, une perception de soi en recevant, à partir des différentes espèces vivantes, des informations au sein de son « organisme » qui lui permettrait alors de s’auto-réguler. Aussi, la notion du vivant devrait se penser séparément de celle de la conscience : tous les êtres vivants n’ont pas nécessairement des intentions, et Gaïa semble bien correspondre dans ce cas à un « superorganisme vivant ».

 
 
© Texte de Jason Lopes, 05 septembre 2021