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L'Histoire est-elle un perpétuel recommencement ?

« Toutes les choses reviennent éternellement, et nous-mêmes avec elles »

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Cette citation de Nietzsche, présente dans la 3ème partie de Ainsi parlait Zarathoustra, nous illustre l’Histoire dans sa dimension cyclique. Autrefois prédominante chez les penseurs grecs de l’Antiquité, l’histoire cyclique a la particularité de ne pas avoir de commencement ni de fin. Nous sommes, pour ainsi dire, condamnés à vivre inlassablement les mêmes évènements. C’est ce qu’appelle Nietzsche l’Éternel retour, auquel il ajoute une dimension morale dans la mesure où il faut, pour lui, accepter son sort et affronter avec courage chaque douleur et plaisir qui se répéteront – encore.

 

Depuis le siècle des Lumières domine cependant une Philosophie du Progrès, concevant cette fois-ci l’Histoire comme un processus linéaire et cumulatif des évènements. Condorcet le présente dans son Esquisse d’un tableau des progrès de l’esprit humain comme une « somme de vérités qui ne peut que s'accroître, ne retombe jamais à une somme antérieure, ne recommence pas, ce progrès ne peut être, du même coup, qu'un progrès historique, et l'histoire devient celle de la raison ». Ainsi, par la victoire de la raison, l’Homme et l’Histoire iraient nécessairement vers un progrès moral, scientifique, artistique ou encore philosophique.

Dès lors, Condorcet pense la Modernité comme nécessairement supérieure à l’Antiquité.

 

Néanmoins, cette idée du progrès comme accumulation linéaire des savoirs fut reconsidérée par Kuhn dans La Structure des révolutions scientifiques. Il est, pour ce philosophe des sciences, impossible d’émettre une comparaison entre plusieurs époques puisqu’à chacune d’elles correspond un système de valeurs partagées, des méthodes, et un modèle d’intelligibilité propre. Les critères d’évaluation d’une époque différeront alors avec ceux d’une autre.

Ainsi, Kuhn nous présente une conception paradigmatique et discontinue de l’Histoire, où l’impossible comparaison des époques remet en cause l’idée de progression ou de répétition de l’histoire humaine.

© Texte de Jason Lopes, 11 octobre 2020