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Peut-on se mettre

à la place d'autrui ?

 

« La conscience est le dispositif qui stocke et rend disponible [une représentation mentale] à tous les systèmes de décision de haut niveau. Nous possédons un poste d’aiguillage, une architecture cérébrale qui a évolué afin d’extraire l’information pertinente et de l’expédier aux systèmes adéquats. »

Stanislas Dehaene, Le code de la conscience, Odile Jacob, 2014, p. 228

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« Se mettre à la place d’autrui » correspond à la capacité de comprendre consciemment l’état mental dans lequel un individu se trouve lorsqu’il vit une certaine expérience. On parle d’ailleurs en philosophie de l’esprit de « qualia » pour désigner un contenu subjectif d’un état mental de l’individu – comme celui qu’il a de voir du rouge.

Les « neurones miroirs » auraient justement la possibilité de pouvoir accéder à la subjectivité d’autrui en ayant pour fonction de simuler leur état émotionnel au sein de notre propre cerveau.

Dans son article « Quel effet cela fait-il d’être une chauve-souris  ? », le professeur Nagel souligne cependant la difficulté de se représenter une expérience subjective. En effet, il nous explique qu’on ne peut rendre compte par des concepts humains l’expérience propre d’une chauve-souris. Nagel oppose ici la description objective et conceptuelle de ce qu’est une chauve-souris et l’effet que cela fait d’en être une. Dans ce cas précis, l’accès à un contenu subjectif serait donc impossible.

Le théoricien de la conscience D. Rosenthal réfute cependant les qualia ainsi que l’opposition présumée entre une description objective et une expérience subjective.

Par exemple, la description objective « cet anneau est rose » et l’expérience de « l’effet que cela me fait qu’il soit rose » désigneraient le même contenu. En réalité, seul le mode d’accès à ce contenu changerait.

Les neuroscientifiques Dehaene et Naccache remarquèrent pourtant la présence de propriétés distinctives – les qualia – au sein d’une expérience. L'une de ces propriétés n'était autre que le caractère ineffable de l'expérience : le langage ne pourrait en effet rendre pleinement compte de la richesse de cette dernière. Aussi, les auteurs soulignent la propriété idiosyncratique de l'expérience, à savoir l’effet singulier et subjectif qu'elle a sur l’individu. En effet, celle-ci sera vécue différemment en fonction des souvenirs accumulés au cours de notre vie.

© Texte de Jason Lopes, 24 avril 2021