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Gentil papillon

(Le petit conte qui va suivre a été rédigé en parallèle d’un devoir de français dont le sujet était : écrire une ekphrasis baudelairienne sur une œuvre d’art de notre choix, il est inspiré par une œuvre de Victoria Frances.)

 

Il était une fois, un prince nommé Eric, il avait pour seule amie une jeune fille prénommée Ambre. Ce nom lui avait été donné par l’intendant du palais en raison de sa chevelure d’un roux de flamme. Il l’avait recueillie, alors qu’elle n’était encore qu’un bébé, sur le parvis d’une église le jour même du baptême du prince. Il l’éleva telle sa propre fille, aussi Ambre reçut la même éducation qu’Eric. Les deux enfants grandissaient et avec eux leur amitié.

 

Un jour de l’année de leurs seize ans, le roi fit réclamer son fils afin de lui apprendre une grande nouvelle : sa mère, la reine allait organiser un grand bal ou toutes les jeunes filles à marier serraient invitées. Eric courut annoncer la nouvelle à Ambre, il avait l’intention d’en faire son invitée d’honneur. Ce bal étant leur premier, Ambre ne possédait pas de robe adaptée à l’occasion. Le prince l’amena alors chez la couturière la plus habile de la cour pour que cette dernière lui confectionne la plus belle robe que l’on eut jamais vue. Ambre était enchantée de cette attention, elle était d’autant plus heureuse qu’elle était depuis longtemps éperdument amoureuse d’Eric et nourrissait secrètement le désir de l’épouser. Le prince, de son côté, pensait de tout son cœur que s’il devait prendre femme, il épouserait son amie d’enfance, mais tous deux ignoraient que ce soir ils avaient rendez-vous avec le destin.

 

Le fameux soir arriva enfin. Ambre resplendissait de beauté comme de bonheur dans sa robe de soie violette bordée d’une fine dentelle noire, ses cheveux étaient reliés en un chignon peu serré qui laissait échapper quelques mèches de rubis éparses cascadant gaiment sur ses épaules et dans son dos. Eric rencontra chaque jeune prétendante et trouva un mot gentil pour toutes. Lorsque son regard se porta sur une splendide princesse aux cheveux noirs corbeaux et aux grands yeux bleus. Il s’approcha d’elle pour l’inviter à danser. Ils valsèrent toute la nuit ensemble. Ambre, les larmes aux yeux, les observa longuement avant de se retirer dans sa chambre pour y verser des rivières.

 

Le lendemain même, Eric l’a prit à témoin de son bonheur. Il lui raconta tout de la soirée et de ses émotions. Ambre apprit qu’elle s’appelait Athénaïs et qu’Eric était littéralement ensorcelé par cette princesse venue des montagnes de l’ouest, aussi n’osât-elle pas lui avouer la violence de ses propres sentiments. Ignorant tout des tourments de son amie, il lui porta le coup fatal en lui annonçant qu’il avait l’intention de la prendre pour femme, elle baissa les yeux. Les jours passaient et elle devint chaque jour plus triste. Eric quant à lui n’avait de pensées que pour la princesse Athénaïs. Un soir Ambre rejoignit Eric dans ses appartements dans le but de lui avouer ses sentiments. Le prince lui prit les mains et lui dit :

-Ambre, nul poète sur cette terre ne pourrait tourner ce que je vais te dire de manière aimable. Je t’ai aimée jadis ou du moins le pensais-je mais aujourd’hui j’ai rencontré une jeune femme pour laquelle j’éprouve une chose que je n’avais encore jamais éprouvée pour personne Mais je te jure que quoi qu’il arrive rien ne changera jamais la tendresse que j’ai pour toi.

 

Voyant le regard contrit de son amie il lui promit néanmoins de réfléchir à sa décision avant de la rendre définitive. Ambre lui sourit tristement : elle savait que quelque fut sa réflexion, le choix d’Eric était d’ores et déjà arrêté : ce serait Athénaïs l’heureuse élue. Quelque jours plus tard le roi annonça un nouveau bal lors de l’équinoxe d’hiver durant lequel le prince annoncerait son mariage avec la jeune fille de son choix. Le fameux soir Ambre vint porter au prince tous ses vœux de bonheur. Il les reçut avec un sourire triste comprenant qu’elle n’assisterait pas au bal.

 

Elle rentra chez elle les yeux baissés. Sur une table se trouvait un petit coffret percé par endroits. Elle l’ouvrit et un splendide papillon mauve aux ailes tintées de violet s’en échappa virevoltant autour de sa tête. Elle trouva également, un parchemin écrit de la main du prince qu’elle lut en retenant ses larmes ;

 

Doux papillon comme toi libre et gracieux. L’amour que je n’ai su te donner

Tu le trouveras un jour et tu seras heureuse comme je le suis ce soir.

Tu vivras toujours dans mon cœur éternelle et irremplaçable amie de mes jeux.

 

Ambre fondit en larmes : pour la première fois depuis le premier bal, elle réalisait qu’Eric ne l’aimait pas. Sa peine était si grande de le savoir au bras d’une autre que son cœur se déchira dans sa poitrine faisant suinter sur ses lèvres un filet de sang vermeil. Les yeux clos, les lèvres et le coup ensanglantés et la peau blême sous son maquillage de princesse, elle tomba inanimée sur le parquet de sa chambre. Elle était morte d’amour. Le papillon qui n’était autre qu’un fragment de l’âme d’Eric vint se poser sur son épaule et s’y laissa mourir de chagrin.

 

Camille Layer

14 novembre 2009

conte inspiré par "Le papillon" de ©Victoria Frances