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Les secrets du port

Comme l’heure d’embarquer commençait à se faire désirer et que Laërte s’ennuyait ferme, Emma le prit par la main et l’emmena se promener sur le port de plaisance. L’insouciant petit garçon courait après les mouettes et les goélands. Se mêlant les pieds dans un filet de pêche qui trainait, l’enfant tomba à quatre pattes sur les dalles de pierres. La jeune femme accourut aussitôt pour l’aider à se relever et s’assurer qu’il ne s’était pas blessé. Comme il commençait à pleurer à chaudes larmes, elle déposa un baiser sur son genou écorché et le prit dans ses bras.

 

-Ce n’est rien, mon chéri, ce n’est pas grave.

 

-Elles sont méchantes, les mouettes ; gémit- il.

 

-Oui, ce sont de mauvaises joueuses. On va retourner près des quais, autrement nous risquons de rater le bateau.

 

Emma reposa son petit frère à terre et lui donna la main. Sur le sol Laërte regardait les pierres émoussées par le sel et le vent où de curieuses inscriptions étaient gravées.

 

-Emma, c’est quoi les lettres dans les pierres ?

 

Elle s’arrêta et regarda le sol.

 

-Ce sont des promesses d’amour éternel ; répondit-elle à son jeune frère ; Lorsqu’ils partaient pour de longs voyages périlleux, les marins gravaient leurs initiales ainsi que celles de leur compagne avec leurs couteaux en se jurant un amour éternel devant l’océan. Ils pensaient que dès lors la mer les protégerait en cas de difficultés et les ramènerait à bon port sains et sauf. Malheureusement elle ne pouvait pas tous les épargner, et il arrivait parfois que certaines femmes dont le compagnon n’était pas revenu venaient ici se donner à la mer afin qu’elle réunisse les esprits et les corps des amants.

 

-C’est vrai ? demanda- t-il émerveillé.

 

-Je n’en sais rien, je l’espère, n’est ce pas une belle histoire ?

 

Laërte se mit à quatre pattes et ramassant un coquillage, il commença à gratter la pierre.

 

-Que fais-tu ?

 

-Je veux marquer ton initiale pour que la mer t’épargne en cas de difficultés.

 

La belle jeune femme aux cheveux blancs s’agenouilla à son côté. Elle lui prit la main et avec son doigt ils tracèrent le "E" d’Emma et le L de Laërte. -Voilà, maintenant nous ne craignons plus rien de la tempête. Allez, Hâtons nous à présent.

 

Camille Layer

19 août 2012